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Ce projet tournait dans nos esprits depuis bien une quinzaine d’années. Mais c’est seulement en 2025 que le Clédar va enfin le concrétiser.
Grâce à la complicité de deux metteurs en scène, Benjamin Knobil et Salvatore Orlando, nous avons abordé cette pièce avec l’enthousiasme, le plaisir et la ténacité qui sont les principaux moteurs de l’activité de notre compagnie de la vallée de Joux. Depuis près de 40 ans.
Selon la tradition, 20 représentations ont été programmées. Entre le 20 août et le 13 septembre 2025.
Dès sa parution en 1955, La Visite de la vieille Dame est un succès. Elle est la pièce de Dürrenmatt la plus célèbre et la plus jouée au monde.
L’histoire se déroule dans le misérable village de Güllen où Claire Zahanassian. Une femme devenue richissime revient après des années d’absence, en l’étrange compagnie d’un cercueil et d’un entourage hétéroclite. Elle propose un milliard à la commune en échange de la mort d’Alfred Ill, l’un des leurs, son premier amour de jeunesse. Alors que le village est frappé de stupeur, les doutes et les dilemmes s’installent. Vengeance monstrueuse ou rétablissement de la justice ? Que choisira la petite commune de Güllen ?
Le Clédar aime jouer dans des lieux improbables. Après une rive du lac, une patinoire, une scierie désaffectée, un garage, un château, une cabane, un hangar, nous avons choisi cette année un petit bijou de l’Art Nouveau : un chapiteau aux mille miroirs venu spécialement de Hollande.
Il sera érigé sur la place de gym du Sentier.
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Chapiteau aux mille miroirs art nouveau « Paradiso »
Les « chapiteaux aux mille miroirs », appelés à l’époque « Salons de danse », sont nés en Belgique au début du XXe siècle. En ce temps-là, ils constituaient l’attraction principale des fêtes foraines. Des milliers de visiteurs y dansaient sur les magnifiques planchers de bois et y savouraient de bons repas dans les loges du pourtour circulaire.
Presque cent ans plus tard, la maison Van Rosmalen, établie aux Pays-Bas, possède aujourd’hui une collection de chapiteaux parmi les plus beaux. Restaurés avec beaucoup d’amour et d’attention, ils sont aujourd’hui adaptés aux usages modernes, notamment en termes de sécurité.Le chapiteau aux mille miroirs « Paradiso » est le plus célèbre de la maison Van Rosmalen. Il a accueilli de très nombreux invités et artistes, notamment la star Madona, ceci à deux reprises !
Avec son décor art nouveau, il est particulièrement adapté au théâtre.
Notre scénographe Jean-Luc Taillefer le sait bien, lui qui a réussi à y combiner les nombreux espaces nécessaires au jeu de La Viste de la vieille Dame. Il a permis qu’on puisse y reconnaître une gare, un hôtel et son balcon, une forêt, une salle de banquet, un tribunal, une épicerie et une place de village. Tout en y accueillant près de 250 spectateurs.Avant d’arriver au Sentier le chapiteau Paradiso a voyagé dans le monde entier, de New York à Sydney, de Stockholm à Singapour, etc. Nul doute que les spectateurs du Clédar tomberont eux aussi sous le charme de cette petite merveille art nouveau.
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Friedrich Dürrenmatt
Après Goldoni, Genêt, Guénoun, Brecht, Aristophane, Anne Cunéo et bien d’autres, le Clédar découvre avec fascination Friederich Dürrenmatt :
Friedrich Dürrenmatt est né en 1921 à Stalden dans l’Emmental. En 1935, la famille déménage à Bern, où son père devient pasteur à la maison des diaconesses. Durant sa scolarité, Friedrich Dürrenmatt n’était pas un très bon élève (appréciation globale : « à peine suffisant »). Il a lui-même décrit sa scolarité comme la « pire période » de sa vie.
Jeune homme, il veut suivre une formation d’artiste-peintre, mais il est aussi attiré par l’université et étudie à partir de 1941 la philosophie, les sciences naturelles et la philologie allemande. Il exprime alors, dans une lettre à son père, son dilemme à choisir entre l’écriture et la peinture :
Il ne s’agit pas de décider si je vais devenir un artiste ou non, car cela ne se décide pas, on le devient par nécessité. […] Pour moi, le problème est ailleurs. Dois-je peindre ou écrire ? Je me sens appelé par les deux.En 1946, il met fin à ses études, déterminé à devenir artiste, sous l’impulsion de sa découverte du monde du théâtre qui lui permet justement de combiner l’écrit et le visuel.
Le 12 octobre 1946, Dürrenmatt épouse l’actrice Lotti Geissler. La même année Dürrenmatt crée au Schauspielhaus de Zurich sa première pièce intitulée Les fous de Dieu qui provoque un scandale. L’auteur la retire l’année suivante. En 1948, Dürrenmatt écrit sa deuxième pièce, L’Aveugle, qui ne fut pas bien accueillie non plus.
Les premières années en tant qu’écrivain indépendant sont difficiles sur le plan économique pour Dürrenmatt et sa famille.
Puis la situation financière s’améliore peu à peu, notamment grâce aux commandes de pièces radiophoniques passées par les radios allemandes. En 1952, les Dürrenmatt s’installent durablement dans la maison qu’ils achètent alors sur les hauteurs de Neuchâtel.
En 1950, Dürrenmatt écrit la comédie Le Mariage de Monsieur Mississippi, avec laquelle il obtient son premier grand succès sur les scènes allemandes, après avoir été refusé par les scènes suisses. En 1956, il acquiert une renommée mondiale avec sa tragi-comédie La Visite de la vieille Dame. L’immense succès de cette œuvre lui permet en outre de devenir financièrement indépendant. Puis en 1962, il enchaîne avec un deuxième succès mondial, Les Physiciens.
Avec Le météore, sa pièce la plus personnelle, il connaît en 1966 son troisième et dernier succès mondial en tant que dramaturge.Dürrenmatt a pris position sur les événements du monde dans des essais, des conférences et des discours officiels. En février 1987, il participe à la conférence sur la paix convoquée par Mikhaïl Gorbatchev à Moscou. En 1990, il prononce un discours devenu célèbre en l’honneur de la visite du président tchèque Vaclav Havel intitulé La Suisse – une prison. On sait depuis le scandale des fiches que, à la suite de ses prises de position, Dürrenmatt a été espionné par la police fédérale pendant cinquante ans.
Tout au long de sa vie, Dürrenmatt scrute l’évolution d’un monde alors au bord de l’implosion. Il le peint, le dessine, le caricature, avec une énergie expressionniste formidable. Ses tableaux restent son jardin secret, il ne les vend pas et les expose peu.
Le 16 janvier 1983, sa femme Lotti décède. Un an plus tard, il accepte de participer à un documentaire que lui consacre la réalisatrice Charlotte Kerr. Cette rencontre professionnelle est un coup de foudre intellectuel et amoureux. Ils se marient l’année suivante.
À 64 ans, Dürrenmatt vit encore un renouveau artistique. Il peint et dessine beaucoup. Peu avant son 70e anniversaire, alors que tout le monde s’affaire à organiser les festivités, Dürrenmatt meurt d’une crise cardiaque, le 14 décembre 1990.
En 2000 est inauguré le Centre Dürrenmatt Neuchâtel, conçu par l’architecte Mario Botta et dédié à l’étude, la conservation et la transmission de l’œuvre picturale de Friedrich Dürrenmatt, en dialogue avec son œuvre littéraire.