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Accueil Rester Partir, une passion sous les tropiques (2007) Tombouctou, ville mystérieuse
     
   
     
   
 
Tombouctou, ville mystérieuse Imprimer
Écrit par Michel Toman   
Samedi, 09 Juin 2007 23:54

http://cledar.ch/2007/dessin-plume-tombouctou-min.jpg Longtemps difficile à repérer sur une carte, infranchissable à cause des grandes chaleurs du désert, les contrées sub-sahariennes fascinent le monde occidental depuis l’époque grecque et romaine. Personne ne sait ce qui se passe aux Antipodes, au-delà du monde connu. Fascinantes et angoissantes à la fois, les hypothèses les plus fantastiques sont évoquées ; les monstres peuplent l’imaginaire latin et plus tard chrétien. D’Homère à Hérodote en passant par Pline l’Ancien, les récits sont unanimes : ce sont des terres arides et étouffantes, peuplées de créatures curieuses. Pas étonnant qu’au XVe siècle lorsque les Portugais débarquent sur les pourtours de l’Afrique, ils ne soient pas vraiment attirés par l’intérieur des terres. La vision chrétienne de la famille, quant à elle, est mise à mal : on raconte que les hommes de ces contrées peuvent avoir plusieurs femmes. Et puis, il y a tout cet or qui fascine, cet or qui attise la convoitise. Comme le dit un personnage dans la pièce de Chartreux, « l’or pousse dans le sable comme des carottes ».

Le IXe siècle marque un tournant, avec l’arrivée de l’Islam et le développement du commerce nomade, grâce aux caravanes. Le monde arabo-musulman va se relier aux régions méditerranéennes. Dans ce contexte, la ville de Tombouctou est d’abord un carrefour du commerce caravanier. Mais entre le monde arabo-musulman et les Chrétiens, seuls les caravaniers font le lien : aucun étranger non-musulman n’a le droit de pénétrer dans la ville de Tombouctou. A partir du milieu du XVe siècle, la ville attire les érudits et l’intelligentsia musulmane ; Tombouctou se targue d’avoir un quart d’étudiants parmi sa population. Progressivement, cette cité véhiculera toutes sortes de légendes centrées sur les richesses, l’harmonie sociale qui y règne, la grande émulation intellectuelle, sans oublier le paradis matrimonial. Le mythe était né.

En Angleterre et en France, les informations sur Tombouctou, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, ne sont pas de nature scientifiques. Peu fiable, la cartographie est lacunaire. Connaître le tracé de fleuves comme le Niger serait un avantage militaire et économique. L’un des premiers à se jeter sur les pistes à l’intérieur des terres – sans toutefois entrer dans Tombouctou – s’appelle Mungo Park. Jeune médecin écossais, il publiera ses observations à son retour en 1799, qui permettront d’avoir une vision moins « mythes et légendes » de l’Afrique. Au cours de sa seconde expédition en 1805, Mungo Park a pour objectif d’entrer dans Tombouctou, mais il échouera en mourant noyé sans pouvoir atteindre son but.

A l’époque où le petit Caillié va à l’école, Tombouctou est une vraie préoccupation, politique, commerciale, militaire, cartographique, scientifique… Ne nous étonnons pas que le petit orphelin, sans véritable attaches, doté d’un tempérament obstiné et volontaire, décide un beau jour – alors qu’il était dans sa 16e année – de partir à la conquête de Tombouctou. Plus tard en 1825, Caillié déjà en Afrique apprend qu’un Anglais, le Major Laing, a pu pénétrer dans Tombouctou, où il étudie la ville de fond en comble. Mais cette trop grande curiosité dérange les habitants, et le Major doit quitter précipitamment la cité interdite. Il sera sauvagement assassiné par son guide deux jours plus tard. La figure du Major Laing nourrira les angoisses de Caillié.

L’acharnement de Caillié sera récompensé. Il entre dans Tombouctou le 20 avril 1828. Mais la ville avait changé, elle n’était plus ce qu’elle avait été, et c’est très déçu de sa découverte que Caillié quitte la ville 13 jours plus tard.

Pour en savoir plus, à noter le très bel ouvrage d’Eric Milet, Tombouctou, réalité d’un mythe, photographies de Jean-Luc Manaud (Paris, Arthaud, 2006).

 
 
     
     
 
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