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Le Printemps est le récit d'une révolution. C'est le premier volet d'une trilogie (Le Printemps, La Levée, Le pas hors du pays des morts) qui raconte la naissance de l'Europe à travers ses grandes fractures : la Renaissance, la révolution française, la révolution russe. Dans Le Printemps, Denis Guénoun retrace, sans les romancer et avec la plus grande précision historique, les vies de Michel-Ange, Luther et Copernic. Non pas les événements de leurs vies, mais le cheminement de leur pensée, leurs questions et les gouffres qu'elles ont ouverts dans le champ bien gardé des certitudes.
Le récit de Guénoun est une épopée, où toute une société est décrite pendant plus d'un demi-siècle. Mais les héros ici ne sont pas les guerriers à la conquête du monde. Non, ceux dont on suit la trace sont des tourmentés, des questionneurs, en désaccord profond avec le monde comme il va et comme on le perçoit. La conquête ici est celle du savoir. Ce que Guénoun met en scène, c'est la question, la prise de parole, le débat. Le Printemps est aussi le récit d'un éveil. Sa force, sa violence sont dans cette affirmation : le monde n'est pas tel que vous nous l'avez décrit. Le vertige de poser comme probablement faux ce qu'on voulait immuable et vrai. Et comment, face à ce vertige, le pouvoir cherche violemment à se préserver. Luther est celui qui questionne les écritures, remet en cause le pouvoir de l'Eglise, réouvre les livres. Copernic bouleverse la perception objective du monde, en affirmant que la Terre n'est pas le centre de l'univers. Michel-Ange met en question la représentation du divin, en affirmant que le corps de l'homme est le corps divin. Le Printemps est construit en quatre époques, comme quatre saisons : Le réveil, le printemps, tout est possible, accessible, l'appétit est énorme. C'est la prise de Grenade par Isabelle de Castille, la naissance de Charles Quint qui unit la Castille et l'Aragon à l'Empire romain germanique. L'été, l'abondance, la mégalomanie du pouvoir (mais l'orage gronde, les questions se font pressantes). C'est l'ouverture du chantier de la Sixtine, la mise en place du système des Indulgences. L'automne, le retour à l'étude, les questions sont posées, il faut y répondre. C'est le vacillement de la puissance de Rome, l'avènement de Charles, l'excommunication de Luther. L'hiver, la réaffirmation des dogmes, le retour au fanatisme. Il y a dans l'écriture de Guénoun une force et une vivacité rares. Le texte, écrit en vers libres, donne à l'acteur, s'il s'en empare comme d'une partition musicale, une matière concrète, charnelle. Il inscrit, comme un parcours fléché, le cheminement clair ou confus, droit ou bouleversé, de la pensée du personnage. Il décrit une pensée en marche, et c'est ce qui donne à cette parole une dimension à la fois épique (comme un long souffle narratif, universel) et profondément humaine, active. C'est une écriture faite pour le corps, la bouche, la voix. Une écriture charnelle, vorace, festive.
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