«… Il me faut à tout prix éviter la folie, je cultive l'ironie de moi-même, je ris de moi, je me veux grotesque en face d'un monde organisé; si j'étais normal, je ne serais pas normal… les personnages de mes pièces, c'est moi, tout ce que je ne fais pas. C'est un exorcisme, une libération… j'écris tout ce qui me passe par la tête, presque en état second. J'écris pour moi comme pour me droguer… si le public aime, tant mieux, sinon, tans pis…» Arrabal, écrivain de langue espagnole, naquit en 1932 à Mellila au Maroc espagnol, pendant la guerre civile et vint ensuite à Madrid. On soulignera que son enfance fut marquée par l'arrestation et la condamnation à mort de son père, qu'il fut élevé par une mère pieuse, qu'il connut de l'Espagne la dictature et l'oppression. On lui fit croire que la République, la Liberté étaient choses dangereuses, on l'obligea à vivre dans la crainte du péché.
Arrabal a découvert la magie théâtrale dans la petite ville de Ciudad Rodrigo au Maroc Espagnol. A peine sorti de l'église où il a vu "Don Juan", donné le jour des morts, émerveillé par ces jeux magiques de mouvements sur la scène, il entreprend de construire son propre théâtre miniature en carton, puis, de plus en plus fasciné, il conçoit de petites saynètes pour la famille, créant son propre univers… Arrabal est d'abord un être désespéré, habité par la souffrance, par sa propre histoire, par l'histoire de son père, un environnement familial difficile dont résultent autant de messages envoyés. Puis l'ouverture s'opère, dans la diversification, le rire, le bonheur de vivre qui chevauche désormais le désespoir de cet être d'apparence renfermée… Arrabal invente la pendule à écrire des poèmes, la substance à pétrifier l'espoir, le rythme qui éveille la volonté, la colombe qui rapporte les souvenirs évanouis, le téléphone pour appeler les morts… Arrabal, c'est aussi: cinq recueils de poèmes, onze romans, trois épîtres, soixante-six pièces de théâtre, six films longs métrages et trois courts métrages, une centaine de livres d'art, six livres consacrés aux échecs, une centaine de toiles peintes, plusieurs milliers de photographies réalisées, un millier d'articles pour la presse internationale, plusieurs centaines de conférences dans les plus prestigieuses universités du monde, d'innombrables interviews pour la radio, la tv et les journaux... toute cette aventure artistique en une vie humaine qui continue, puisque le Clédar a eu l'honneur d'être reçu dans ses appartements à Paris… Arrabal fonde sa propre Académie, en plein centre de Madrid. Là, avec ses amis étudiants, peintres, poètes, ils parlent philosophie, peinture, musique, médecine, science et art plastique, tout est ouvert. Il apprend énormément dans ce groupe qui développe la curiosité et retrouve ce qu'on nomme en espagnol la tertulia, c'est à dire bavarder, critiquer, plaisanter, discuter autour d'un verre de l'amour, la procréation ou la beauté. Il retrouvera ce même esprit en France auprès du groupe surréaliste emmené par Breton. Tout au long de sa vie il a vécu au contact quotidien d'artistes, de peintres, de sculpteurs comme Calder, Henri Michaux, Man Ray, Max Ernst, Bunuel, Magritte, Topor, Camacho, Picasso, Miro et Dali… «… une fois que ma pièce est écrite, je voudrais qu'un metteur en scène génial, délirant, s'en empare, sans aucun respect et la considère comme le prétexte de son spectacle…» La critique a trop souvent utilisé le mot provocation, sans comprendre que l'oeuvre d'Arrabal est avant tout une oeuvre de séduction, le mot séduction étant étroitement lié au mot amour… ses tentatives d'être aimé.
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